
Année de sortie : 1999
Warner Bros / Village Roadshow Pictures
| Titre original | Deep Blue Sea |
|---|---|
| Réalisation | Renny Harlin |
| Scénario | Duncan Kennedy Donna Powers Wayne Powers |
| Musique | Trevor Rabin |
| Acteurs principaux | Thomas Jane Saffron Burrows LL Cool J Jacqueline McKenzie Michael Rapaport |
Peur bleue sort aux États-Unis le 28 juillet 1999, puis en France le 19 janvier 2000, distribué par Warner Bros. Le film est interdit aux moins de 12 ans. Renny Harlin, réalisateur finlandais de Die Hard 2 et de Cliffhanger, n'avait plus connu de gros succès depuis ce dernier titre, sorti en 1993. Il dispose ici de 60 millions de dollars et en récolte environ 165 millions dans le monde. Le scénario est signé Duncan Kennedy, Donna Powers et Wayne Powers.
Le point de départ est simple. Une équipe de chercheurs modifie génétiquement des requins pour extraire de leur cerveau une protéine contre la maladie d'Alzheimer. Les animaux deviennent plus intelligents et retournent la situation contre leurs geôliers, dans la station sous-marine Aquatica, prise dans une tempête.
La réalisation est le point fort du film. Renny Harlin maîtrise les scènes d’action. La caméra glisse dans les coursives, le montage est nerveux. Le directeur de la photographie Stephen Windon plonge les couloirs dans des bleus et des verts froids, sous une lumière artificielle dure. Les décors de la station, avec leurs sas, leurs écrans de contrôle et leurs cuves, restent crédibles. Vous êtes dans un huis clos avec une équipe réduite et des prédateurs qui rôdent. La musique de Trevor Rabin accompagne l'action, toujours efficace.
Les requins sont le maillon faible. Les attaques sont presque toutes numériques et expédiées en quelques secondes. Le gore et l'effroi n'ont pas le temps de s'installer. Les requins sont massifs sur les plans dans les bassins, les dialogues annoncent des monstres de 14 mètres. Malgré cela, ils franchissent les portes et se glissent dans les couloirs avec une aisance absurde. Toute logique spatiale disparaît pour laisser place à une action frénétique. Et en plus les squales ont une parfaite connaissance des lieux. Qu’est-ce qu’ils sont intelligents ces requins ! Ils arrivent même à allumer un four avec leur nez…
En général, un film de monstre repose sur l'attente et le hors-champ. Ici, tout est montré trop tôt et trop proprement.
Le scénario ne tient pas mieux. Prélever une protéine brute dans le cerveau d'un requin pour réparer instantanément les connexions neuronales humaines est impossible. La barrière d'espèce et les défenses immunitaires détruiraient la substance. Le film laisse aussi entendre que les requins échappent à la dégénérescence cérébrale. Or des études menées sur des spécimens très âgés, comme le requin du Groenland, relèvent chez eux des marqueurs de vieillissement cellulaire. La réalité est même plus ironique. Les grands prédateurs marins accumulent du méthylmercure et de la BMAA, une toxine bactérienne que plusieurs études associent à la maladie d'Alzheimer et à la sclérose latérale amyotrophique. Le requin censé guérir la maladie d'Alzheimer serait plutôt un facteur de risque.
Force est de constater que le sujet fonctionnerait d'ailleurs avec n'importe quelle autre espèce aquatique : pieuvre, thon, barracuda, cachalot.
Les personnages sont interchangeables. Les scientifiques bafouent les règles éthiques pour rapporter de l'argent à l'entreprise qui les emploie. Vous ne les connaissez pas, de ce fait leur sort vous laisse indifférent. Le casting aurait pourtant de quoi séduire : Samuel L. Jackson, Saffron Burrows, Thomas Jane, LL Cool J et Michael Rapaport. Les rôles sont trop minces pour qu'ils puissent s'exprimer. Les plaisanteries tombent à plat. Carter Blake, joué par Thomas Jane, est présenté comme un dresseur de requins. L'idée ne tient pas une seconde.
De plus la dimension religieuse, très appuyée, devient pesante et pénible.
Le film cherche à vous maintenir sous tension du début à la fin. Il y parvient à peine. Tout est si énorme que vous savez que cela va être un véritable massacre. Si un personnage meurt, peu importe. Ce film s'adresse surtout aux fans hardcore du genre ou à voir dans le cadre d’une soirée thématique pour avoir l’ambiance de la salle ou de votre salon avec des amis et du pop-corn.
Peur bleue est bien réalisé, mais vide de sens.
Tiphaine et Xavier