Date de sortie en coffret blu-ray/DVD : 03.03.2026

https://artusfilms.com/products/parsifal

Mediabook BluRay/DVD/Livre 80 pages
Master 2K restauré

Superproduction espagnole avec :
Gustavo Rojo (Alexandre le Grand, Genghis Khan, La vallée de Gwangi)
Ludmilla Tchérina (Spartacus, Les chaussons rouges, Les contes d’Hoffmann)

Suppléments
Présentation du film par Christian Lucas
Diaporama d’affiches et de photos

Pour aller plus loin : livret de 80 pages rédigé par François-Xavier Consoli : Perceval, le mythe universel de l’initiation

Espagne – 1951 - Un film de Daniel Mangrané et Carlos Serrano de Osma
Avec Gustavo Rojo, Ludmilla Tchérina, Félix de Pomès
Scénario José Antonio Pérez Torreblanca 
Musique Richard Wagner
Photographie Cecilio Paniagua
Montage Antonio Cánovas
Décors José Caballero

Durée : 99 minutes
Versions : espagnol
Sous titres : français
Format 1.37 original respecté
16/9ème – 1920/1080p
Noir et blanc
Tous publics

 

Sorti en 1952, le Parsifal de Daniel Mangrané et de Carlos Serrano de Osma représentait un pari fou : porter à l'écran l'un des opéras les plus monumentaux de Richard Wagner, depuis l'Espagne franquiste, avec des ambitions de superproduction européenne. Soixante-quatorze ans plus tard, Artus Films restitue l'œuvre dans un master 2K restauré qui révèle toute l'ampleur d'une entreprise aussi démesurée qu'habitée. Ce qui nous permet de découvrir une fresque mystique à la résonance troublante.

Adapter Richard Wagner, c'est d'abord accepter de vivre sous sa tutelle musicale. L’opéra Parsifal de 1882 est une œuvre-monde, qui dure près de cinq heures et convoque les mythes du Graal, de la chevalerie et de la rédemption chrétienne dans une langue musicale d'une densité écrasante. Daniel Mangrané et Carlos Serrano de Osma ne cherchent pas à s'en émanciper : ils s'y soumettent, ce qui donne au film sa stature singulière.

La musique de Richard Wagner est un véritable moteur dramatique. Elle traverse l'aventure, annonce les états d'âme avant que les visages ne les révèlent. Elle colore chaque scène d'une résonance symbolique. Le film s'en remet à cette architecture sonore avec une confiance totale, laissant le silence s'installer là où Richard Wagner le prescrit, sans jamais céder à la tentation de meubler. C'est une posture qui oblige à une écoute active plutôt qu'à une consommation passive des images.

Côté mise en scène, Parsifal opte pour une tension constante entre grandeur et intériorité. Daniel Mangrané et Carlos Serrano de Osma alternent les plans larges qui écrasent le personnage sous l'immensité du monde et les cadres rapprochés qui font apparaitre les visages avec une perspective presque liturgique. La caméra ne s'agite jamais sans raison : chaque mouvement est justifié, chaque angle participe à la construction symbolique du récit. Les poses de Gustavo Rojo, la croix qu’il forme avec la lance et l’épée sur la fin du film sont des moments intenses en termes de symbolique.

Le noir et blanc est un choix contraint pour des questions de budget. Les réalisateurs en font une arme et proposent une image très esthétique. Le noir et blanc unifie des décors aux inspirations hétérogènes. José Caballero, peintre de formation, construit des espaces qui empruntent aux tapisseries médiévales, aux forêts nordiques et aux palais ibériques.

Les contrastes sculptent les visages, les ombres portées deviennent des présences symboliques, la lumière prend une valeur quasi théologique. Le montage d'Antonio Cánovas respecte ce tempo contemplatif avec une légère tension dramatique sous-jacente.

La décision la plus audacieuse du film reste l'attribution du double rôle de la mère de Parsifal et de Kundry à Ludmilla Tchérina. En superposant la mère protectrice et la tentatrice énigmatique dans un même corps, le film ancre son propos dans une dimension archétypale : la féminité comme territoire ambigu où se noue la destinée du héros. Ludmilla Tchérina navigue entre ces deux incarnations, troublant sans cesse les frontières entre l'amour maternel et la séduction dangereuse.

Gustavo Rojo incarne Parsifal avec une retenue qui sert parfaitement le propos initiatique. Son personnage est d'abord une page blanche, un être façonné dans l'ignorance pour demeurer pur. L'acteur traduit cette candeur sans jamais tomber dans une naïveté caricaturale. La transformation est progressive, presque imperceptible, jusqu'à ce moment où le regard change et trahit l'homme que la souffrance des autres a finalement éveillé.

Ce Parsifal de 1952 est comme une méditation sur ce que coûte la conscience. Préservé du monde pour rester innocent, le jeune héros ne peut accéder à la sagesse qu'en traversant la découverte du mal, de la douleur et de la tentation. La quête du Graal n'est pas une aventure extérieure : c'est un voyage intérieur dont chaque étape correspond à un arrachement. Le film ne moralisera pas, ne pontifiera pas, il déroule simplement cette trajectoire avec la gravité tranquille qui convient aux grandes légendes.

Restaurée avec soin par Artus Films, cette œuvre longtemps oubliée, révèle aujourd'hui toute sa densité. Elle appartient à cette tradition du cinéma européen qui n'avait pas peur des grands mythes, des longs opéras, des lourds silences.

 



En bonus, la présentation de Christian Lucas nous explique que Parsifal est une superproduction espagnole adaptant librement l'opéra de Wagner tout en remontant aux sources médiévales du mythe, c’est-à-dire Chrétien de Troyes et Wolfgang von Eschenbach, avec un prologue original situant l'histoire en pleine guerre froide pour en souligner la résonance universelle. Le film est l'œuvre obstinée de Daniel Mangrané, qui est un passionné de l’opéra Parsifal de Wagner, tourné et réalisé en Catalogne. 
Il revient sur la carrière des différents acteurs du film, notamment Gustavo Rojo et Ludmilla Tchérina, danseuse étoile des ballets russes reconvertie au cinéma.Le film, traversé d'une ferveur religieuse que le régime franquiste encourageait, n'en eut pas moins des démêlés avec la censure, et fut amputé de quelques minutes avant d'être autorisé à la diffusion.
Présenté à Cannes en 1952, il demeure une rareté audacieuse dans la très courte liste des adaptations cinématographiques du mythe de Parsifal, désormais restaurée par Artus Films.

 

Le livret revient de façon très précise sur le personnage Parsifal/Perceval depuis ses origines issues de la tradition orale, puis les textes de Chrétien de Troyes, de Wolfgang von Eschenbach, l’adaptation et l’ambition de Richard Wagner, pour finir avec le film de Daniel Mangrané et Carlos Serrano de Osma ainsi que d’autres adaptations modernes. Un livret très complet qui permet de mieux appréhender les personnages de Parsifal, dans les différentes cultures, avec sa symbolique.

 

 Xavier