
https://artusfilms.com/products/lhomme-sans-memoire
Combo digipack BluRay/DVD
Master 2K restauré – Version intégrale
Entre le bleu azur de la Riviera et l’ambiance sombre d’une conscience effacée, L’homme sans mémoire (1972) est un film singulier et mémorable. Réédité par Artus Films dans une restauration 2K qui rend justice à sa clarté vénéneuse, ce film de Duccio Tessari est un giallo. Pour autant le réalisateur va plus loin. Il repousse très légèrement les frontières du style, avec une élégance froide, héritée du thriller anglo-saxon. Ici, point de gants de cuir noir ou de fétichisme outrancier. L’effroi n’est pas dans le geste du tueur, mais dans la tension qui ne fait que grandir tout au long du film.
Duccio Tessari, réalisateur éclectique et esprit brillant, que ses collaborateurs décrivaient comme un homme d'une culture immense, insuffle à son œuvre une rigueur plastique fascinante. Dès les premières séquences à Portofino, la mise en scène s’appuie sur une géométrie de l’enfermement. Les lignes de fuite des villas, les arcades des bâtiments, les lignes d’eau ou de douche de la piscine, ne sont pas de simples décors. Tout cela forme un labyrinthe qui vous guide et vous contraint d’aller là où Duccio Tessari vous dit de regarder.
La symétrie des cadrages évoque une prison à ciel ouvert. Le film préfère la tension latente à l'explosion gore, privilégiant l’esthétique avec un effet à long terme.
Au cœur de cette machination se trouve la plume d’Ernesto Gastaldi. Le récit d'Edward, qui part retrouver son épouse, Sara (Senta Berger), dépasse le simple ressort narratif de l'amnésie. Le film explore la porosité de l’identité : peut-on rester le même homme quand nos crimes ont été effacés de notre mémoire ?
Le scénario déploie ses révélations avec un timing qui fait mouche. Loin des twists gratuits, l'intrigue se construit sur une introspection psychologique. Vous pourrez y percevoir une influence d’Alfred Hitchcock, mais teintée d'une amertume typiquement italienne. Le passé de voyou d'Edward resurgit par bribes, transformant la quête de soi en un jeu de survie où les alliances sont aussi fragiles que des reflets à la surface de l’eau.
La réussite du film repose énormément sur la présence physique de Luc Merenda. L'acteur insuffle à Edward une vulnérabilité brute, une rage contenue qui explose lors de confrontations sèches et nerveuses. Luc Merenda incarne à merveille son personnage. Sa pratique de la savate apporte une crédibilité rare aux scènes de bagarre, ses mouvements sont ici ceux d'un homme qui se bat pour sa survie.
A ses côtés, Senta Berger incarne une figure féminine d'une grande profondeur, pleine d’émotion. Elle n'est pas une simple victime de giallo ; elle est le pivot moral du film, le personnage le plus tragique du casting. Le reste de la distribution, d'Umberto Orsini à Anita Strindberg, complète ce tableau avec une justesse impeccable, chacun apportant une nuance de gris à cette fresque baignée de lumière.
L’homme sans mémoire occupe une place à part dans la filmographie de Duccio Tessari. C’est le troisième jalon de son exploration du giallo, une œuvre où il affine son approche du récit en y injectant une dose d'humour noir et qui reste d'actualité, tout en respectant une certaine pudeur. Il nous offre une réflexion fascinante sur la construction de soi et la persistance des péchés.
Le coffret d’Artus Films est idéal pour ce film : il permet de saisir toute l'inventivité technique d'une époque où le cinéma de genre italien était un laboratoire. C'est une invitation à se perdre dans les méandres de Portofino pour mieux se retrouver, ou peut-être, pour réaliser que certains souvenirs méritent de rester dans l'ombre.
Les bonus :
Luc Merenda Souvenirs d'un acteur : Luc Merenda évoque avec nostalgie une époque dorée et rend hommage à l'élégance de Duccio Tessari ainsi qu'à la grande qualité humaine et professionnelle de ses partenaires de jeu. Il souligne également l'apport de sa pratique de la savate dans le réalisme des bagarres et partage son affection pour le cadre luxueux de Portofino, qui contrastait avec son métier d'antiquaire passionné.
Présentation de Duccio Tessari par Fabio Melelli : l'historien du cinéma analyse la carrière protéiforme de Duccio Tessari, soulignant son habileté à naviguer entre les genres tout en y injectant de l'humour, de l'autodérision et des thématiques d'actualité. Il rappelle que ce film constitue le troisième giallo du cinéaste et met en avant son soin particulier pour la mise en scène et l'esthétique des décors.
Présentation du film par Olivier Père : Olivier Père explore l'éclectisme de Duccio Tessari, ancien scénariste devenu réalisateur, en replaçant cette œuvre au sein d'une filmographie riche et variée. Il observe que le film s'écarte des codes traditionnels du giallo italien pour s'inspirer davantage de l'efficacité des thrillers psychologiques anglo-saxons tels que Seul dans la nuit.
Xavier