Date de sortie : 2025

 

pour voir le court métrage : https://vimeo.com/1091019427 

 

Etienne Muller réalise et écrit Le doux son du broyeur de branches, un court métrage d'horreur. Le point de départ est le suivant : Olivier déprime. Il ne sort presque jamais de chez lui. Un soir, une publicité vante les bienfaits d'un broyeur de branches. Il décide de passer commande. L'idée est absurde. Elle fait pourtant toute la singularité du film.

Le scénario suit la logique d'un traitement miracle. Contre toute attente, la machine à broyer les branches apaise Olivier. Le soulagement est réel. Malheureusement, comme pour bien des médicaments contre la dépression, les effets secondaires arrivent. Le broyeur change sa vie, et vous devinez vite ce qui finira dans la machine. Il n'y a ni rebondissement ni fausse piste. L'enjeu est ailleurs : voir comment la détresse mène, étape par étape, à la violence. Les dialogues sont rares. Le silence pèse sur un homme replié chez lui, seul face à son écran. Son abattement se lit sur son visage avant d'éclater. Les personnages sont peu développés, mais dans un court métrage, le temps est compté.

La mise en scène est rapide. Les plans sont courts et le montage précis. Chaque coupe traduit ce qui se passe dans la tête d'Olivier. Vous ressentez l'enfermement dont il souffre. Les couleurs sont saturées et très contrastées. Elles donnent aux images un aspect irréel, proche d'un mauvais rêve. L'esthétique renvoie aux années 1970 et 1980. Ce choix est assumé. Il écarte les effets numériques voyants et place l'attention sur le jeu et l'atmosphère. La bande-son reste minimaliste. Le bruit du broyeur, qui donne son titre au film, d'abord presque doux, devient grinçant. Il tourne comme une ritournelle obsédante. Le directeur de la photographie et l'équipe technique construisent un univers cohérent, où chaque couleur a sa fonction.

Etienne Muller filme sans artifice et mise sur le rythme. L'humour noir n'est pas loin. Les comics pulp et les jeux vidéo rétro nourrissent aussi ce petit monde. Un lien de filiation existe avec Black Mirror, pour cette satire du bonheur instantané vendu par la publicité. Le ton ne se prend pas au sérieux. La violence n'est pas gratuite : elle découle d'une détresse profonde. Le titre est une ironie discrète. Il annonce la couleur dès le départ. Le film touche à la dépression, à la perte de contrôle et à la folie.

Le basculement dans l'horreur est attendu depuis la première séquence. Il arrive pourtant de façon joyeuse, ce qui colle parfaitement au titre du film. Le court métrage atteint son but : montrer un vrai savoir-faire et vous laisser un malaise durable. Un court métrage sanglant, nerveux et fidèle à son titre.

 

 Tiphaine et Xavier