
Date de sortie du coffret : 14.02.2026
Editeur : Rimini Editions
https://rimini-editions.fr/le-cri-des-tenebres-collection-angoisse
Le Cri des Ténèbres (Cries in the Night, 1980)
Réalisateur : William Fruet.
Avec Kay Hawtrey, Lesleh Donaldson, Barry Morse, Stephen E. Miller, Dean Garbett, Alf Humphreys, Peggy Mahon, Harvey Atkin.
Audio : français et anglais DTS-HD Master Audio 1.0 Mono. Sous-titrage français.
Blu-ray (92 min), DVD (89 min).
Bonus : livret « William Fruet, d'auteur à horreur » par Marc Toullec (24 p.).
En 1980, le cinéma de genre nord-américain travaille sur une nouvelle tendance : le slasher qui s'impose au box-office, mais une autre tradition résiste, celle du thriller psychologique qui mise sur la densité atmosphérique plutôt que sur l'explosion de violence. C'est dans cet espace d’angoisse que William Fruet, réalisateur canadien déjà rompu au suspense avec Death Weekend, place Le Cri des Ténèbres.
La première décision forte du film est scénographique. William Fruet installe son récit dans une maison d'hôtes aménagée au sein d'une ancienne morgue et d'un salon funéraire. Ce choix n'est pas anecdotique : il traverse chaque plan. Les pièces gardent une mémoire que les papiers peints ne suffisent pas à effacer. Les couloirs sont étroits, les meubles massifs, les tissus légèrement fanés. L'architecture fonctionne comme un personnage silencieux qui n'attend que le bon moment pour se manifester. La palette chromatique avec ses tons chauds voilés, les éclairages intérieurs tamisés, les extérieurs boisés dans des verts sourds, renforce cette impression d'un espace à la fois familier et légèrement déréglé. Rien n'est agressif. C'est précisément cette douceur visuelle qui rend les basculements d'autant plus déstabilisants.
Côté sonore, le film appartient à l'école du genre qui comprend que l'angoisse ne se joue pas nécessairement fort. La partition s'efface souvent au profit du design sonore : planchers qui craquent, portes qui grincent, chat qui miaule, silences calculés entre deux bruits anodins.
Le pitch ne surprendra personne : Heather vient passer ses vacances chez sa grand-mère, à la campagne. Cette dernière a décidé de transformer la maison familiale qui servait à l’entreprise de pompes funèbres de son mari en maison d'hôtes. Un couple adultère débarque de la ville et se montre discourtois envers ses hôtes. Faisant fi des règles élémentaires de bienséance…
William Fruet ne prétend pas réinventer le genre. Les influences sont lisibles de Hitchcock, en passant par les premiers slashers américains. Toutes sont assumées et bien mises en valeur. L’intérêt du film est dans l’appropriation des règles du genre. La simplicité du scénario n'est pas un défaut structurel : c'est ce qui permet au réalisateur de concentrer son énergie sur l'atmosphère, la tension graduelle, les dynamiques entre personnages. Le récit avance sans complication inutile. Chaque interaction porte du sous-texte. L'étau se resserre à un rythme maîtrisé, sans temps morts superflus ni accélération forcée.
L'opposition entre les visiteurs citadins, perçus comme irrespectueux, indifférents aux codes locaux, et une grand-mère repliée sur elle-même, avec cet employé simple d’esprit, constitue la vraie colonne vertébrale du film. Ce n'est pas du folklore sociologique : c'est le moteur dramatique qui justifie chaque regard, chaque silence, chaque geste de travers. Il y aura des sanctions. Et la façon dont elles tombent constitue l'essentiel du plaisir du film.
Kay Hawtrey (la grand-mère) joue une hôtesse à la surface accueillante et au fond impénétrable. Chez elle tout passe par les regards, les gestes retenus, une économie de jeu qui en dit beaucoup.
Lesleh Donaldson (Heather) apporte une vulnérabilité crédible à son personnage de jeune-femme dépassée par les événements.
Barry Morse (Mr Davis), lui, domine physiquement chaque scène qu'il traverse : présence solide, charisme bourru, avec ce qu'il faut d'ambiguïté.
Stephen E. Miller (Billy Hibbs) est bien dans son personnage de jeune adulte dont tout le monde se moque, en raison de son retard mental.
Ce sont tous des acteurs qui donnent de leur personne dans de vrais décors, et ça change tout à l'image.
William Fruet travaille sans fioritures. Plans larges sur les espaces isolés, contre-points en gros plans serrés sur les visages : il sait alterner entre l’utilisation du décor et les expressions des acteurs/actrices. Les mouvements de caméra sont fluides, presque furtifs, comme si l'objectif observait. Le montage alterne séquences longues, où le malaise infuse lentement, et des coupes nettes sur les moments de rupture.
Le film ne relève ni du fantastique ni de l'horreur spectaculaire. L'angoisse qu'il construit est de nature humaine et sociale. Elle tient à l'atmosphère, aux silences, à cette sensation que l'environnement lui-même devient hostile. Ce positionnement, entre thriller et drame moral, est sa force principale.
Le Cri des Ténèbres ressort en édition collector Blu-ray et DVD chez Rimini Éditions le 14 février 2026, accompagné d'un livret signé Marc Toullec.
Le film mérite d’être revu. Certes il ne révolutionne rien, mais il y a une cohérence indéniable et une honnêteté rare. Des décors authentiques, un jeu d'acteurs solide, une atmosphère construite plan après plan : un artisanat sans esbroufe qui, quarante-cinq ans après, vous tient en haleine.
Xavier