
Coffret 4K Ultra Hd et Blu-Ray
Carlotta Films : 17.02.2026
https://carlottafilms.com/films/la-tarentule-au-ventre-noir/
Réalisation Paolo CAVARA
Scénario Lucile LAKS d’après l’histoire de Marcello DANON
Avec Giancarlo GIANNINI, Claudine AUGER, Barbara BOUCHET, Rossella FALK, Barbara BAUCH
Direction de la photographie Marcello GATTI
Montage Mario MORRA
Musique Ennio MORRICONE

1971, l'Italie traverse une période de création intense. Dans le sillage des maîtres du genre (Mario Bava en tête), une génération de cinéastes s'empare du giallo pour en faire le laboratoire d'une modernité trouble, où le polar se teinte d'érotisme, de violence stylisée et d'introspection psychologique. C'est dans ce terreau fertile que Paolo Cavara, ancien documentariste habitué aux territoires sulfureux du Mondo, signe La Tarentule au ventre noir : un film qui dépasse largement les conventions du genre pour atteindre une profondeur rare.
Paolo Cavara a un regard singulier sur la fiction : il ne cherche pas simplement à effrayer, mais à vous mettre mal à l’aise en vous montrant les mécanismes du désir refoulé et de la folie qui en découle. Le meurtre, ici, n'est jamais anodin. Il est rituel.
La première qualité du film est visuelle. Paolo Cavara compose ses plans avec une rigueur qui force l'admiration : chaque cadre est pensé comme une toile, oscillant entre la froideur clinique des scènes de crime et une sensualité presque picturale dans les intérieurs bourgeois. La direction de la photographie, assurée par Marcello Gatti, sculpte l'espace avec une palette de tons chauds et de bleus profonds qui traduit visuellement la tension entre désir et mort. Rome devient un labyrinthe de miroirs, d'appartements cossus, où chaque recoin semble receler une menace latente, sans jamais offrir aucune protection.
Les mouvements de caméra participent pleinement de cette atmosphère. Ils nous installent dans la position inconfortable du voyeur, complice malgré lui de ce qui se déroule à l'écran. Le montage, nerveux et rythmé, alterne les scènes d'action, les moments d'introspection de l’inspecteur Tellini (Giancarlo Giannini) et les parenthèses érotiques avec une fluidité remarquable, sans jamais tomber dans l'excès ni dans le gratuit.
Si la réalisation de Paolo Cavara est notable, la partition d'Ennio Morricone en est l'écho indispensable. Loin de ses thèmes épiques ou de ses mélodies de western, le compositeur livre ici une œuvre expérimentale et déconcertante : cordes dissonantes, percussions tribales, nappes psychédéliques, voix féminines vaporeuses, qui semblent surgir d'un inconscient collectif agité.
Dans les séquences de meurtre notamment, le design sonore atteint son paroxysme : un froissement de tissu, un silence soudain, puis l'irruption des cordes. Cette précision dans l'articulation du son et de l'image est l'une des marques distinctives d'un grand film de genre, et La Tarentule au ventre noir en offre une démonstration magistrale.
L'intrigue suit l'inspecteur Tellini, chargé d'élucider une série de meurtres aux modalités glaçantes : les victimes, qui sont toutes des femmes de la haute société romaine, sont d'abord paralysées par une aiguille avant d'être sauvagement éventrées. Le mobile initial ne tarde pas à se révéler être un leurre. Le premier d'une longue série de fausses pistes savamment distillées.
Le scénario joue avec vous une partie de cache-cache psychologique aux nombreux rebondissements. Les thématiques qui le traversent (désir réprimé, double vie bourgeoise, violence comme symptôme d'une société fracturée) lui confèrent une atmosphère qui prend à la gorge. Vous ne cherchez pas seulement le coupable ; vous tentez de comprendre quelles sont ses motivations et quel monstre il peut bien être.

Giancarlo Giannini impose une présence magnétique dans le rôle de l’inspecteur Tellini : un policier usé, au bord de la rupture. Il incarne avec une intensité viscérale un homme que l'enquête consume autant qu'elle le révèle à lui-même. Sa progression, de l'épuisement à l'obsession, constitue le véritable fil émotionnel du film.
Claudine Auger apporte une élégance froide et trouble à son personnage, jouant sur la frontière poreuse entre victime et suspecte avec une sobriété qui rend chacune de ses apparitions mémorables.
Barbara Bouchet incarne avec une sensualité assumée une figure à la fois désirable et insaisissable, dont le mystère contribue efficacement à nourrir l'ambiguïté du récit.
Barbara Bach complète ce trio féminin avec une intensité contenue, habitant son rôle avec authenticité.
La Tarentule au ventre noir se situe à l'intersection du thriller policier et de l'analyse psychologique, avec une humanité et une ambiguïté morale qui vous marqueront. Là où d'autres cinéastes du genre privilégiaient le choc visuel, Paolo Cavara mise sur la profondeur intérieure.
Cinquante ans après sa sortie, le film n'a rien perdu de sa puissance d'envoûtement. Il demeure ce qu'il a toujours été : une toile tendue avec soin, dans laquelle vous vous laissez piéger avec plaisir, incapable de détourner le regard de ces ténèbres italiennes aussi belles que vénéneuses.
Bonus :
Présentation du film par Jean-François RAUGER : critique de cinéma et directeur de la programmation de la Cinémathèque française. Vous en apprenez plus sur Paolo Cavara, avec son choix de prise de vue qui donne un effet voyeuriste. Ce qui est habilement utilisé, en écho au scénario. Il souligne ce qui s’entend immédiatement dans le film : la teinte expérimentale de la partition d’Ennio Morricone. Et replace le film dans son époque, avec une présentation du casting avec deux James Bond Girls et une Miss Moneypenny. Ce qui vous permet de bien comprendre les tenants et aboutissants qui ont permis au film de se monter. Et aussi pourquoi, du fait de la détention des droits par la MGM, le film a disparu pendant plusieurs années.
Et c’est une vraie occasion désormais de pouvoir le (re)voir en format 4K Ultra HD et Blu-ray grâce à Carlotta films.
Entretien avec Barbara Bouchet :
L’actrice commence par parler du fait que, venant des USA, elle a été surprise par le fait que les studios en Italie ne sont pas insonorisés, ce qui est difficile pour la concentration. Elle dévoile quelques astuces pour assurer les répliques avec des acteurs qui parlent différentes langues, car à l’époque tout le monde était doublé. Elle parle aussi de son choix d’arrêter le cinéma après avoir tourné 58 films, puis elle est revenue pour Gangs of New York de Martin Scorsese. Et d’autres anecdotes.
Tiphaine et Xavier