
Date de sortie au cinéma : 18.07.2007
Hot Fuzz arrive porté par le succès de Shaun of the Dead. Le réalisateur-scénariste Edgar Wright et le scénariste-acteur Simon Pegg ont coécrit avec le même appétit pour le détournement de genre. Le pari est simple sur le papier et redoutable à l'exécution : injecter la mécanique du film d'action américain le plus décomplexé dans le cadre le plus paisible qui soit, à savoir un petit village anglais. Le tournage s'est déroulé pendant onze semaines à Wells, dans le Somerset, ville natale d'Edgar Wright, avec pour résultat un film de 2h01 des plus trépidants.
Nicholas Angel est un policier londonien si performant qu'il fait de l'ombre à ses collègues et à sa hiérarchie. Ses supérieurs le mutent dans la bourgade de Sandford, où il découvre une brigade locale davantage occupée par les pauses thé que par les interventions. La scène d’arrivée de Nicholas Angel sur place vous fait comprendre que ce policier ne s’arrête jamais. Une véritable machine à faire respecter la Loi.
Mais avec l’arrivée de Nicholas Angel s’en est fini de la routine et des enquêtes bâclées aux conclusions hâtives, pour ne pas dire invraisemblables. Il y a une série d'accidents suspects qui laisse deviner qu'un tueur en série rôde sous l'apparente tranquillité du village. Alors qu’il n’est que gardien de la paix, Nicholas Angel va mener son enquête tambour battant malgré les freins et autres obstacles que ses nouveaux collègues vont lui opposer. Il faut dire que chaque habitant semble détenir un secret que Nicholas Angel n'a pas encore percé.
La direction artistique tire toute sa force du décalage. La place du marché de Wells concentre une bonne partie de l'action et de la tension. Le vert de la campagne anglaise, les pubs aux boiseries chaleureuses donnent une impression de carte postale so British : plus l'image est lisse, plus ce qui s'y déroule en réalité est obscur. Le montage, signé Chris Dickens, accélère les séquences et multiplie les coupes sèches, imposant un rythme frénétique aux scènes d'action comme aux scènes de dialogue.
La photographie de Jess Hall capte cette Angleterre rurale entre cliché et malaise diffus, tandis que la bande son de David Arnold, associée à des classiques du rock britannique, souligne chaque rebondissement.
Le scénario repose sur une mécanique de gags en cascade où rien n’est laissé au hasard. Les running gags posés dans les premières minutes trouvent leur résolution une heure plus tard, preuve d'une écriture pensée dans ses moindres détails malgré son apparente légèreté. Les clichés du buddy movie et du polar sont convoqués un à un, puis pulvérisés. Les jeux de mots autour des patronymes, à commencer par celui d'Angel lui-même, ajoutent une couche de plaisir pour qui prend le temps de les remarquer.
Certaines scènes annoncent leur issue sans détour : vous savez qu'un drame approche, mais la surprise vient toujours de la manière dont il éclate et comment il est mis en image.
Sans oublier l’approche Whodunit, qui permet tant de variations pour la résolution d’une affaire.
Le duo formé par Simon Pegg et Nick Frost porte l'ensemble du film. Simon Pegg incarne Nicholas Angel avec une raideur quasi maladive, obsédé par le règlement au point d'y avoir sacrifié toute vie sociale. Nick Frost, dans le rôle de Danny Butterman, lui oppose une générosité désarmante et une fascination d'enfant pour les blockbusters américains. Le contraste crée une dynamique de complicité, renforcée par la vraie amitié qui lie les deux acteurs à la ville. Jim Broadbent est l'inspecteur Frank Butterman, laxiste jusqu'à la caricature, et Timothy Dalton prête à Simon Skinner, le gérant de supermarché local, un vernis de respectabilité qui se craquelle peu à peu. Autour d'eux, Paddy Considine, Rafe Spall, Olivia Colman, Bill Nighy et Martin Freeman composent une distribution de seconds rôles impressionnante, où chaque apparition ajoute une strate de plaisir.
Deux caméos nous échappent presque totalement : Cate Blanchett et Peter Jackson se cachent quelque part dans le film, dissimulés sous des costumes qui exigent, pour les repérer, d’avoir l'œil aussi affûté que celui de Nicholas Angel.
La mise en scène d'Edgar Wright confirme, film après film, son goût pour la parodie qui ne renonce jamais au premier degré. Les fusillades, les courses-poursuites et les explosions n'ont rien à envier aux productions les plus musclées, tout en restant traversées d'un humour permanent. Le film ne perd jamais de vue son ironie, même dans ses moments de plus grande tension, et c'est précisément cet équilibre qui distingue Hot Fuzz de la simple parodie.
Hot Fuzz tient sa promesse jusqu'au bout : une déclaration d'amour au polar, au cinéma d'action, portée par une écriture soignée et un casting à son service.
Tiphaine et Xavier