Date de sortie : 2026

 

 

 

Réalisateur : Nikias Chryssos 

Scénariste : Nikias Chryssos

 Casting :  

Sandra Guldberg Kampp : Sophie

Elina Löwensohn : Mary

Tracy Gotoas : Bana

Lily Taieb : Nelly

Juliana Vieira-Guerra : Frida

Helena Zengel : Heidi

Lucie Zhang : Xue

Vincent Romeo : Fred

Zlatko Buric : Stavkos

Ambre Olive : Erin

Tyriq Sims : Sophie's Dad (voix)

Chris Rogers : Radio Host (voix)

Compositeur : Jim Williams

Direction de la photographie : Constantin Campean

 

Bloody Tennis est le premier film en langue anglaise de Nikias Chryssos, cinéaste germano-grec connu pour Der Bunker (Primé lors du festival Mauvais Genre de 2015). Le film a été tourné en octobre 2024 à Gran Canaria.

Sophie, jeune Américaine (Sandra Guldberg Kampp), entre à la Mary Tyrone Tennis Academy, suite à un désistement imprévu. Ce qui vaut une scène d’introduction qui pose immédiatement les choses par sa violence, pour ne pas dire son sadisme. Le spectateur est dans la confidence et sait à quoi s’en tenir d’entrée de jeu. Cette école de tennis au style des plus particuliers est installée dans un ancien couvent du sud de l'Europe. C’est désormais une école qui forme l'élite du tennis féminin. Très vite, la compétition prend un tour inquiétant entre les stagiaires. Le film reprend les codes de l'horreur, du thriller et du battle royale, puis les applique à une petite communauté fermée de tennis women en devenir. Squid Game vient à l'esprit pour les épreuves qui éliminent, Suspiria pour l'académie qui cache un secret. L'idée est bonne. Elle fonctionne parce que le tennis, sport d'élégance et de solitude, se prête bien à la cruauté, au dépassement de soi, à la force de caractère.

Visuellement, tout est affaire de couleurs. Le rouge de la terre battue rappelle le sang. Le bleu froid de la chambre que partagent Sophie et Heidi enferme. Le directeur de la photographie, Constantin Campean, travaille des aplats nets et des contrastes durs. Le décor se limite à quelques lieux : la chambre de Sophie, la salle de repas, les vestiaires, le court et quelques rares pièces… Beaucoup de l'académie demeure hors champ. Cette géographie réduite produit un huis clos suffocant. Chaque pièce devient un piège, et la caméra, avec ses plans serrés et ses travellings lents, vous colle aux corps. Ce qui donne aux scènes d’extérieur une dimension encore plus forte. Mais la grandeur des espaces n’est pas synonyme de liberté ou de sécurité.

Le scénario ne cherche pas la surprise, mais tout se tient. La tension monte à mesure que les apprenties joueuses s'affrontent. Les personnages sont posés en quelques scènes : vous savez vite qui sera amie et qui sera rivale. Cette économie donne du rythme au film. Le montage et les angles de caméra s'accélèrent avec la compétition.

Le film est graphique et horrifique, tout en restant regardable. Les sangsues pour la récupération et les corps meurtris servent l'ambiance dérangeante et malsaine, sans tomber dans la surenchère.

Les jeunes actrices, dont Helena Zengel et Lucie Zhang, sont crédibles dans leurs rôles. Face à elles, en plus des autres sportives, se trouvent les encadrants : trois adultes, qui sont des stéréotypes assumés. Cette extravagance est nécessaire. Sans elle, le propos deviendrait abject. L'humour cynique allège la violence et maintient le film dans le registre de la satire.

L'esthétique passe avant la logique. Quelques faux raccords en témoignent : sur le court, une ombre reste immobile pour un effet esthétique et visuel très fort, alors que le match avance. Ce défaut mineur confirme surtout que Nikias Chryssos privilégie l'image et la sensation.

La musique de Jim Williams, déjà auteur des partitions de Titane, Grave, soutient la montée de la violence avec des textures sombres. Elle laisse aussi place aux silences, utiles à la tension. Le générique de fin va plus loin. Un morceau de black metal prolonge l'agression jusque dans le son, un très bon choix. Il referme le film comme un dernier coup.

Reste la place de Bloody Tennis dans le genre. Il rejoint la lignée des récits d'internat et d'institutions qui broient leurs élèves, avec un propos sur la pression de la performance et la fabrique des champions. Il traite ce sujet avec une signature visuelle forte et un humour noir bien dosé.

Bloody Tennis est efficace, sanglant, esthétique.

 

 Tiphaine et Xavier