
Date de parution : 11.02.2026
Glenat Manga
EAN 9782344071731
EAN numérique 9782331090998
Nombre de pages 360
Un vieux magicien derrière les barreaux. Une reine qui refuse de mourir. Et quelque part entre eux, des décennies de rage soigneusement mise en veille. Dès ses premières pages, Oldman installe un plan implacable : une vengeance qui ne se précipite pas, qui calcule, qui attend, qui frappe là où ça fait le plus mal.
L'univers dessiné par Chang Sheng mélange la fantasy et le steampunk, avec quelque chose de plus trouble, de plus dense. Une cité baroque où le pouvoir est détenu d’une main de fer par la reine. La magie est rare. Elle cohabite avec une femme-automate aux membres boostés. L'ambiance oscille entre la splendeur corrompue d'un palais royal et la froideur mêlée de misère des laissés-pour-compte. Chang Sheng vous assaille avec une belle charge visuelle, dans un monde légèrement assombri pour un résultat singulier.
Le manga, lui, joue sur deux temps avec une intelligence redoutable. L'évasion initiale de Billy Oldman de son cachot vous emmène au cœur de l’action. Puis un long flash-back vous apporte toutes les clés pour comprendre tous les liens entre les personnages. Chaque révélation vous permet de reconstituer, pièce par pièce, un puzzle dont on découvre la vraie forme.
Au centre de tout ça, Billy Oldman. Un vieil homme, abîmé, mais d'une présence magnétique. Le genre de personnage dont on ne sait jamais vraiment s'il est victime ou architecte de sa propre légende. À ses côtés, Rebecca s'impose comme l'une des figures les plus marquantes de ce premier tome : ancienne générale amputée des quatre membres, reconstruite dans sa chair grâce à des prothèses mécaniques, elle incarne une résilience qui n'a rien de spectaculaire. Juste quelque chose de profondément humain, presque douloureux à regarder. Wilson, l'anatomiste excentrique du trio, apporte quant à lui une énergie plus décalée, un contrepoids nécessaire à la gravité des deux autres personnages. Ces trois-là sont des survivants.
Billy Oldman a un secret qui explique son nom et pourquoi la reine le tenait enfermé dans son cachot. Rebecca elle aussi est une martyre. Elle avait renoncé à tout, suite à sa mutilation. Mais cette renaissance avec les prothèses de Wilson va lui permettre d’assouvir une vengeance qu’elle n’espérait plus. Et ce quatrième acolyte qui vient mettre le feu aux poudres est un véritable accélérateur.
Les thèmes abordés ici dépassent le cadre du récit de vengeance. Oldman interroge ce que l'immortalité fait au pouvoir et ce qu'elle détruit chez ceux qui la subissent. Le corps comme archive de ce qu'on a traversé.
Graphiquement, Chang Sheng livre un travail d'une délicieuse précision, notamment sur les illustrations en couleurs, à chaque début de chapitre. Les visages ont une densité rare, surtout avec Billy Oldman qui a les traits de Sean Connery et la reine qui ressemble à Cate Blanchett. Les scènes d'action ont une lisibilité exemplaire. Chaque case est pensée pour faire durer la tension ou pour la rompre net. Et ce coup de hache dans une porte : oui, la référence au film Shining de Stanley Kubrick est là.
Oldman est un manga adulte, exigeant, où ceux qui vivent sont ceux qui luttent.