
interview de Dante et Rage du groupe VENOM, pour la sortie de l'album Into Oblivion lien chronique
pour télécharger l'interview : itw.VENOM.2026.mp3
Traduction de l'interview :
L’Autre Monde :
Vous écoutez l’émission de radio L’AUTRE MONDE et nous avons le plaisir de parler ce soir avec Rage et Dante du groupe Venom. Salut, ravi de vous rencontrer.
DANTE & RAGE :
Ravis de vous rencontrer.
L’Autre Monde :
Nous sommes ici pour parler du nouvel album Into Oblivion. En l’écoutant, j’ai eu l’impression qu’il avait presque été enregistré en live. Est-ce juste une impression ou avez-vous réellement enregistré cet album en prise live ?
DANTE :
Je pense que c’est parce qu’on joue énormément ensemble, sur scène évidemment, mais aussi parce qu’on jamme beaucoup. Beaucoup de ces morceaux viennent de jams. Quand on enregistre, une fois que je pose mes parties de batterie, Rage et moi continuons à jammer pendant que je les travaille, puis on construit le morceau à partir de là. Mais oui, l’album a vraiment une sensation live. Je vois totalement ce que tu veux dire.
RAGE :
Je pense que le plus important, c’est qu’on n’a pas utilisé de click track. D’habitude, on en utilise parfois, mais cette fois non, ce qui rendait l’enregistrement plus excitant… mais aussi un peu plus dangereux. Du coup, Dante n’était pas enfermé ni contrôlé par ce click track — pour ceux qui ne savent pas ce que c’est, c’est ce son agaçant qui fait tic, tic, tic.
DANTE :
Comme un métronome, quoi.
RAGE :
Exactement. Et grâce à ça, on pouvait accélérer ou ralentir les morceaux, ce qui leur donne plus de feeling. Comme dans une conversation : parfois tu accélères, parfois tu ralentis pour faire passer une idée. Les chansons fonctionnent pareil. Les passages lents, lourds, écrasants, n’ont pas le même tempo que les parties rapides. C’est de là que vient cette sensation live. Mais on essaie toujours de garder cette excitation. Ça ne servirait à rien d’avoir une super batterie et ensuite de poser des guitares, une basse et du chant totalement stériles dessus. Quand Cronos et moi enregistrons nos parties, on joue toujours comme si on était en concert.
DANTE :
Oui, il y a cette énergie live même pendant l’enregistrement. Et comme on disait, sans click track, tu perds cette sécurité. Du coup, les morceaux sonnent plus vivants, mais il faut quand même garder un tempo cohérent sinon ça devient mauvais. Mais oui, je pense qu’on a vraiment capturé une essence live sur cet album.
L’Autre Monde :
Justement, parmi tous les morceaux, j’ai trouvé que Live Loud était celui qui sonnait le plus live. Il y a quelque chose de particulier sur ce titre ?
RAGE :
Je crois que c’était un des derniers morceaux qu’on a terminés. On avait ce riff depuis longtemps, mais on ne savait pas quoi en faire. Finalement, on l’a complètement réorganisé : l’intro est devenue une sorte de pont, le couplet est devenu le refrain… On a tout inversé au dernier moment. Et je crois que la batterie a été enregistrée en une seule prise. Les guitares ont suivi très vite aussi. Je pense que tout le morceau a été bouclé en deux heures. Très simple à enregistrer. Pourtant, le riff est techniquement assez complexe, avec des harmoniques et tout ça. Mais comme la batterie était immédiate. Dante s’est assis, a joué, terminé. On n’avait rien à corriger. Le morceau a ce côté train lancé à pleine vitesse. Il y a une vibe très classique des premiers albums de Venom, mais avec notre approche plus moderne développée depuis From The Very Depths.
L’Autre Monde :
Chaque morceau a une atmosphère différente, mais en même temps l’ensemble reste très cohérent. Comment faites-vous pour garder cette unité ? Les jams ?
DANTE :
C’est un mélange de plusieurs choses. Déjà nos influences : les groupes des années 70, le vieux rock classique que Rage et moi adorons : Deep Purple, Led Zeppelin, Rainbow. Cronos, lui, adorait Status Quo ou les débuts de Jethro Tull. Tous ces styles ressortent sur cet album, beaucoup plus que sur les précédents. Mais comme tu l’as dit, tout reste sous le parapluie Venom. Rien ne paraît déplacé. Tu peux avoir un morceau blues industriel comme Dogs of War, puis des titres ultra rapides comme Death of the Leveller. On pousse même un peu vers le prog.
RAGE :
Et puis on a commencé cet album pendant le COVID. Ça nous a permis, à Cronos et moi, d’améliorer nos home studios. Du coup, j’ai voulu rendre les morceaux plus atmosphériques, tester des delays sur les guitares et d’autres effets pour varier un peu. Mais le truc, c’est que dès que tu entends Cronos chanter, ça sonne Venom. C’est le point d’ancrage. Sa voix apporte immédiatement cette familiarité.
Et puis Dante et moi sommes dans le groupe depuis 17 ans maintenant. Sur les premiers albums, on respectait une certaine idée de ce que Venom devait être. Mais sur celui-ci, on s’est dit : « poussons un peu plus nos capacités musicales ». Dante avait un nouveau kit de batterie, donc de nouvelles idées. On voulait aller plus loin. On n’est pas des musiciens brouillons : Venom est un groupe carré. On joue avec plein d’autres groupes et on tient largement la comparaison. On s’est dit qu’il était temps de montrer davantage notre technique.
Il y a des parties plus complexes, des lignes de chant de Cronos qu’on ne l’avait jamais entendu faire auparavant. Tout le monde s’est poussé mutuellement. Dante jouait un truc énorme, alors tu voulais faire aussi bien derrière. Et comme on se connaît depuis si longtemps, on n’a même plus besoin de parler. On sait instinctivement ce qui marche ou pas.
Je pense que Smoke, sur From The Very Depths, a été un déclic. C’était un morceau très différent et les gens l’ont adoré. On s’est dit : « maintenant, on n’a plus peur, on peut faire ce qu’on veut ». Et puis il y a aussi beaucoup de jeunes fans qui ont découvert Venom avec les albums sur lesquels Dante et moi jouons. Ensuite ils sont remontés vers les vieux albums. Ils n’ont pas le bagage nostalgique des années 80. Ils veulent un Venom moderne, capable de rivaliser avec les nouveaux groupes.
L’Autre Monde :
Quand vous composez aujourd’hui, pensez-vous encore en termes de chansons, ou plutôt en termes d’énergie et d’impact ?
RAGE :
Ça dépend. Certains morceaux comme Death of the Leveller, Kicked Outta Hell ou Lay Down Your Souls s’écrivent presque tout seuls. Ce sont des titres très classiques dans l’esprit Venom, ceux que les fans adorent, et ils viennent naturellement.
DANTE :
Oui, ils ont immédiatement une agressivité naturelle. Si Rage arrive avec un riff comme celui de Death of the Leveller, on ne va pas mettre une batterie lente dessus. C’est forcément un morceau rapide avec un chant agressif. Ces titres se construisent vite.
Et puis il y a les autres morceaux, où tu peux expérimenter davantage. Certains demandent beaucoup de travail. Tu te bats avec les paroles, avec les riffs, quelque chose ne sonne pas juste… Alors tu laisses reposer et tu y reviens avec des oreilles neuves. Et parfois tout se met en place d’un coup. Mais on est vraiment très heureux de cet album.
L’Autre Monde :
Vous avez choisi Lay Down Your Soul comme premier single et premier clip. Peut-on dire que c’est une sorte d’hymne autoréférentiel ? Revisitez-vous consciemment votre propre mythologie ?
RAGE :
C’est fait avec humour. Si l’album n’avait pas mis huit ans à sortir, on aurait peut-être choisi un autre morceau. Mais c’était parfait pour dire : « on est de retour ». Les vieux fans comprendront les références, les nouveaux auront envie de découvrir. Teacher’s Pet et ce genre de références, c’est très second degré. On prend la musique très au sérieux, mais on aime aussi s’amuser, faire un clin d’œil.
Le morceau mentionne Welcome to Hell et plein d’autres références. C’est très ludique. Musicalement, c’est sérieux, mais le côté « long-haired punks » et tout ça, c’est juste du fun. Tu montes le son dans la voiture et tu ne réfléchis pas trop. À côté, tu as des morceaux comme As Above So Below ou Unholy Mother, où tu veux écouter attentivement les paroles. Mais certains titres sont juste là pour foncer pied au plancher et passer un bon moment. Et c’est exactement ce qu’est ce morceau.
DANTE :
C’était une sorte d’hommage respectueux au passé.
L’Autre Monde :
Après 17 ans ensemble, qu’est-ce qui vous surprend encore quand vous travaillez en studio ?
DANTE :
Des mariages durent moins longtemps que ça, et certains sortent de prison pour meurtre plus vite que nous sommes ensemble. Donc on doit faire quelque chose de bien.
Je pense surtout qu’on est de très bons amis. On se respecte énormément comme personnes et comme musiciens. On travaille très bien ensemble. On a notre propre studio, donc on se voit souvent. On habite tous assez proches les uns des autres. On peut se retrouver plusieurs fois par semaine, discuter des projets, jammer, répéter, préparer les setlists… Pour enregistrer, c’est idéal.
Et surtout, personne ne tire dans une autre direction. Il n’y a pas de mauvais élément dans le groupe. Tout le monde veut le meilleur pour le groupe.
RAGE :
Et on ne se repose jamais sur nos acquis. On ne se dit jamais : « je sais jouer de la guitare, de la batterie ou chanter, c’est bon ». On essaie toujours d’apprendre. Je suis retourné écouter énormément de musique des années 70 pour comprendre pourquoi ces morceaux sonnent encore incroyablement aujourd’hui. Et je pense que c’est parce qu’on entend vraiment un groupe jouer ensemble.
Et puis moi j’adore aussi le death metal, donc j’essaie toujours de voir comment intégrer des riffs death metal dans Venom sans que ça sonne forcé. Dante expérimente constamment de nouveaux rythmes. Quand il a rejoint le groupe, il ne venait pas du thrash pur ; il venait plutôt des influences à la Cozy Powell ou Ian Paice. Donc il y a énormément de possibilités.
Regarde un morceau comme Legend : avec les voix et la batterie, ça nous excite encore parce qu’on n’aurait jamais imaginé écrire un morceau pareil. Et après tu te dis : « sur le prochain album, jusqu’où peut-on pousser ça encore plus ? »
DANTE :
Oui, il y a ce côté tribal sur ce morceau. Et on se surprend encore nous-mêmes. On se complimente beaucoup aussi. Mais à l’inverse, si quelqu’un apporte une idée qu’on peut améliorer, personne ne part vexé en mode « ils n’aiment pas ma chanson ». Tout est fait pour le bien du groupe et du morceau.
L’Autre Monde :
Pouvez-vous nous parler de Kicked Outta Hell ? C’est un morceau extrêmement rapide, rempli d’énergie. Il y a un solo de guitare, un solo de basse très sec, et la batterie cogne tout le long.
RAGE :
Le morceau parle du fait d’être tellement mauvais que même le diable ne veut plus de toi. Tu es plus maléfique que lui, alors il te vire de l’enfer.
DANTE :
Même l’enfer ne te laisse pas entrer. « Dégage ! »
RAGE :
Le riff est arrivé au milieu des sessions d’enregistrement. Ensuite, une fois les prises terminées, on a réécouté et on s’est dit qu’on pouvait encore modifier des choses. Il y avait ce passage batterie au milieu, puis on s’est dit : « pourquoi ne pas mettre un solo de guitare, un solo de basse et batterie ? »
On essaie toujours d’ajouter des éléments intéressants. Tu as ce riff ultra rapide, puis soudain ce passage basse-batterie presque à la Rush. Ça évite que le morceau soit juste rapide du début à la fin. C’est là qu’intervient cette idée de progression.
DANTE :
Et puis on a aussi pris notre temps. Sur cet album, on a eu des problèmes techniques : en réécoutant certaines chansons, on entendait un horrible bruit parasite. Finalement, on a découvert que ça venait du micro des charlestons de ma batterie. On a essayé de réparer ça, mais impossible. Résultat : il a fallu réenregistrer toute la batterie.
Et ça arrivait juste au moment où j’avais terminé toutes mes prises… Donc j’étais content, je pensais avoir fini mon travail, puis on entend ce bruit horrible. Le canal du micro était corrompu.
Sur le moment, c’était décourageant. Mais avec le recul, ça nous a donné l’occasion de réécouter les morceaux, d’en rallonger certains, de modifier des riffs… Finalement, c’était bénéfique. Et les deuxièmes prises étaient meilleures aussi. Mais sur le moment… heureusement qu’on peut en rire aujourd’hui, parce qu’à l’époque c’était : « NOOOON ! »
L’Autre Monde :
Et enfin, le dernier morceau de l’album, Unholy Mother. Le début est très atmosphérique, puis ça monte progressivement jusqu’à devenir un véritable ouragan à la fin. Comment ce morceau est-il né ?
DANTE :
Oui, cette montée en puissance est importante. Et à la base, le morceau était presque deux fois plus long.
RAGE :
La version originale faisait environ huit minutes.
DANTE :
Neuf minutes même.
RAGE :
Et on l’a raccourci. Mais on va sortir des versions longues de Nevermore, As Above et Unholy Mother. Il y a une intro plus longue au début et deux minutes supplémentaires à la fin avec une sorte de bataille entre basse, guitare et batterie.
Pour moi, c’est un des grands moments de l’album. Beaucoup de gens pensent qu’il y a des claviers, mais il n’y en a absolument aucun. Tout est joué pour de vrai : vraie batterie, vraies guitares, vraie basse, vraies voix. Même les chœurs sont chantés par de vraies personnes.
C’est la fin parfaite pour l’album. C’est un peu comme une version Ferrari de Seven Gates of Hell. Cette chanson-là était une Ford Cortina, et ici on a le nouveau modèle. On voulait finir sur quelque chose d’épique, massif et audacieux.
L’Autre Monde :
Un mot sur l’artwork : il y a bien sûr le CD, mais aussi un double vinyle smoke et un double vinyle clear black and red splatter. Comment avez-vous choisi le visuel de ce nouvel album ?
RAGE :
Depuis des années, Cronos veut vraiment représenter Stan, le démon sur la pochette de Black Metal. Sur cette pochette, Stan ressemblait plus à un symbole ou une pièce qu’à une vraie créature.
Depuis longtemps, Cronos cherche à donner une vraie apparence à ce personnage. Sur Fallen Angels, un artiste avait déjà proposé une interprétation de Stan. On s’en rapprochait, mais on a choisi autre chose.
Puis il a continué à travailler dessus pendant des années. Dans cette sorte de trilogie visuelle : Fallen Angels, c’est la chute du paradis ; From The Very Depths, c’est la remontée depuis l’enfer ; Storm the Gates, c’est l’arrivée sur Terre. Et avec Into Oblivion, on voulait montrer Stan lui-même. Le vrai démon. Celui qui vient envoyer les incroyants dans l’oubli.
Cronos travaille énormément le dessin, la peinture et le numérique. Il a passé des années dessus. Ce qui a pris le plus de temps, c’était les yeux.
L’Autre Monde :
Imaginez que vous soyez invités à une soirée d’anniversaire. Je vous propose cinq choix : les 30 ans du film Scream, les 40 ans du jeu vidéo The Legend of Zelda, les 50 ans du livre Interview with the Vampire, les 40 ans de l’animation Dragon Ball ou les 30 ans de la série Star Trek. Lequel choisissez-vous ?
RAGE :
Star Trek. Comme ça je pourrais prévenir tous les gars en uniforme rouge qu’ils vont mourir.
DANTE :
Moi aussi je choisis Star Trek. Comme ça je pourrais dormir tranquillement pendant deux heures et demie.
L’Autre Monde :
Okay.
DANTE :
Quand j’étais gamin, je suis allé voir Star Trek au cinéma et ma mère m’a raconté que je me suis endormi immédiatement.
RAGE :
Pendant qu’il dort, je lui mettrai un uniforme rouge.
DANTE :
Et un masque de Scream pour me réveiller.
RAGE :
Exactement.
L’Autre Monde :
Un dernier mot pour vos auditeurs français à propos de ce nouvel album, Into Oblivion ?
RAGE :
Oui, ça a pris huit ans, mais ça valait l’attente. On espère que toutes nos légions françaises soutiendront Into Oblivion. Dites à vos promoteurs locaux qu’on veut revenir en France et semer encore un peu le chaos comme d’habitude. Ça fait bien trop longtemps qu’on n’a pas débarqué sur vos plages pour attaquer la France.
Merci pour votre soutien. Merci pour ces 17 années d’amour envers le groupe et d’avoir été là pour nous comme des amis.
DANTE :
Oui, on a fait des concerts incroyables chez vous et on a hâte de revenir, j’espère très bientôt. Et à toutes les légions françaises : allez acheter cet album. Ça a pris du temps, mais ça en vaudra largement la peine. Merci beaucoup pour votre patience et Hell Yeah!
L’Autre Monde :
Merci beaucoup.
RAGE :
Excellent. Merci énormément.